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18/01/2011

X_Brane :: Penche Un Peu Vers L’Angle

Y aurait-il une allusion cosmologique cachée derrière X_Brane ? Un X comme autant de dimensions ? Un clin d’œil à la théorie des cordes dans la guitare électrique de Jean-Sébastien Mariage ? Une énergie sous forme de tension qui se dissimulerait au cœur du jeu de Bertrand Gauguet (saxophones alto et soprano) ? Une relation particulière à l’espace chez Mathias Pontevia qui tient absolument à qualifier sa batterie d’horizontale ? A tenter d’expliquer l’univers à travers la musique du trio, on risque bien d’aller nulle part. La géométrie biscornue de ces improvisations ne donne aucun éclairage non plus sur leurs intentions. Tout juste décèle-t-on de vagues mouvements qui, tour à tour, étendent des projections qui se neutralisent, décrivent des cercles concentriques ou creusent le sol tout en restant sur place. Chacun organise sa zone de confort là où il se trouve, fait son nid, tord des brindilles et farfouille dans les feuillages. Gauguet taille quelques silex avec patience, souffle méticuleusement sur des braises, Pontevia polit avec application la surface de sa caisse claire en y frottant une cymbale, crée un soubassement textural et consolide discrètement l’édifice à coups de mailloche. Marquant son territoire en s’appuyant sur l’amplification, Mariage fouine dans les recoins de son instrument et en extrait quelques bredouillements, épanchements fugitifs à l’archet et même, sacrilège, des accords. Avec une certaine nonchalance, les propositions s’éparpillent et suivent des destins divers ; certaines s’éteignent à petit feu tandis que d’autres font l’objet de surenchère. Parfois, au bruit du danger, tout s’arrête mais jamais pour bien longtemps car le vide semble encore plus redouté que le chaos. A nouveau, les lignes s’étirent, se déplient à leur rythme, craquent, murmurent, toussotent (ah non, ça c’est des gens du public !) et participent à une lente dérive giratoire qui ne transportera sans doute pas l’auditeur vers des rives nouvelles mais ne lui fera pas regretter l’embarquement pour autant.

~jcg

un CD paru chez Amor Fati (FATUM 019) ; distribution : Metamkine

autre(s) texte(s) sur Scala Tympani au sujet de Bertrand Gauguet et Amor Fati

24/09/2010

Quatuor Qwat Neum Sixx :: Live at Festival NPAI 2007

Le temps passe et joue des tours, comme lorsqu’il soustrait à notre vigilance un disque qui n’avait pourtant aucune raison de s’y dérober. Les couleurs vives de sa pochette et sa confection artisanale (ah, cette réalisation toujours soignée des productions Amor Fati !) avaient d’ailleurs tout pour retenir l’attention mais il a fallu qu’il en soit autrement. Heureusement, des forces providentielles sont venues replacer ce CD, paru en 2009, tout en haut de la pile « à écouter ». C’est donc sur le tard que l’on (re)découvre cet opus du quatuor Qwat Neum Sixx, emmené par Daunik Lazro (saxophone baryton) qui s’entoure de Sophie Agnel (piano), Michael Nick (violon) et Jérôme Noetinger (dispositif électroacoustique). Ces quatre improvisateurs de la scène hexagonale se connaissent bien : Lazro a joué avec Nick au sein des quartets Aérolithes et NOHC, Agnel et Noetinger furent réunis sur Rouge Gris Bruit paru chez Potlatch et, à cela, s’ajoutent d’autres combinaisons n’ayant pas vu le jour discographique. Enregistré lors de la vingt-deuxième et avant-dernière édition du festival NPAI (RIP), cet assemblage, bien qu’inédit, a donc des airs de réunion de famille. Et, effectivement, un indéfinissable sentiment de proximité, d’entente tacite émane de ce disque où personne n’élève la voix et ne recherche la lumière des projecteurs ; mmmh, à la réflexion, ça ne ressemble pas tant que ça à une réunion de famille ! Il n’y a pas réellement de mouvement collectif dans cette musique mais plutôt une multitude de propositions qui se réticulent progressivement en une trame versatile faite de murmures discrets, de barrissements rauques, de couinements furtifs, de crissements dans l’arrière-plan et autres coups de bêche dans des sillons arides. Lentement, les mailles se font et se défont au gré des interventions de chacun. Les grommellements déchirants sortis du sax de Lazro contrastent avec le doigté évanescent du jeu d’Agnel qui n’hésite pas non plus à recourir aux frappes lourdes, usant d’un arsenal de préparations sur les cordes de son instrument. L’acharnement méticuleux de Nick sur les sonorités graves trouve un équilibre avec les incisions agiles de Noetinger qui produit quelques saisissantes accélérations en faisant tourner les bobines de son ReVox et ajoute pas mal de dynamique à l’ensemble en vaporisant des particules aux quatre vents. Alors, improvisation électroacoustique, free jazz, réductionnisme, musique de chambre ? Un peu tout ça, rien du tout ? Peu importe, comme disait l’autre : « le style, c’est l’oubli de tous les styles ».

~ jcg

un CD paru chez Amor Fati (FATUM 017) ; distribution : Metamkine

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