Comme s’extrayant d’une carapace larvaire pour révéler une apparence plus aboutie, Francisco Meirino quitte le Phroq qui lui collait à la peau depuis 15 ans et se présente désormais sous sa véritable identité. L’artiste serait-il arrivé à maturité ? En réalité, la mue imaginale était déjà amorcée depuis quelques temps et le changement ne paraîtra pas radical à qui se souvient suffisamment clairement de l’excellent Connections, Opportunities for Mistakes (2008). Le thème du dysfonctionnement est à nouveau central dans cet opus bourré d’électronique fumant qui, dans un assemblage de « victoires sans succès », explore les limites de systèmes pas toujours identifiés. Une intrusion nocturne au cœur de la salle des machines permet d’en éclairer brièvement quelques portions ; il y a des câbles un peu partout que Meirino dénude avec les dents, tentant quelques branchements de fortune pour ranimer des appareils moribonds mais recueillant plus souvent leur dernier souffle. L’agonie n’est pas de tout repos : des fréquences tranchantes comme un faisceau laser découpent l’espace dans toutes les dimensions, des mouvements mécaniques manquent de défaillir à chaque itération, des montées en puissance sont stoppées net par des chutes brutales de tension et des éruptions volcaniques enregistrées sur dictaphone troublent une friture imperceptible de particules. On ne reste jamais tranquille très longtemps et à peine commence-t-on à s’installer dans un environnement que l’on s’en trouve délogé par une décharge ; une instabilité qui renvoie à l’image d’un électrocardiogramme pas très vaillant, auquel on reste suspendu en attendant l’issue fatale. Bien sûr, l’interprétation de tout cela reste essentiellement subjective et, avec son titre le plus pertinent, Meirino annonçait déjà ce qu’allait être cette chronique : une « unsuccessful attempt at trying to explain the meaning of these sounds » !
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12/01/2011
Francisco Meirino :: Anthems for Unsuccessful Winners
Comme s’extrayant d’une carapace larvaire pour révéler une apparence plus aboutie, Francisco Meirino quitte le Phroq qui lui collait à la peau depuis 15 ans et se présente désormais sous sa véritable identité. L’artiste serait-il arrivé à maturité ? En réalité, la mue imaginale était déjà amorcée depuis quelques temps et le changement ne paraîtra pas radical à qui se souvient suffisamment clairement de l’excellent Connections, Opportunities for Mistakes (2008). Le thème du dysfonctionnement est à nouveau central dans cet opus bourré d’électronique fumant qui, dans un assemblage de « victoires sans succès », explore les limites de systèmes pas toujours identifiés. Une intrusion nocturne au cœur de la salle des machines permet d’en éclairer brièvement quelques portions ; il y a des câbles un peu partout que Meirino dénude avec les dents, tentant quelques branchements de fortune pour ranimer des appareils moribonds mais recueillant plus souvent leur dernier souffle. L’agonie n’est pas de tout repos : des fréquences tranchantes comme un faisceau laser découpent l’espace dans toutes les dimensions, des mouvements mécaniques manquent de défaillir à chaque itération, des montées en puissance sont stoppées net par des chutes brutales de tension et des éruptions volcaniques enregistrées sur dictaphone troublent une friture imperceptible de particules. On ne reste jamais tranquille très longtemps et à peine commence-t-on à s’installer dans un environnement que l’on s’en trouve délogé par une décharge ; une instabilité qui renvoie à l’image d’un électrocardiogramme pas très vaillant, auquel on reste suspendu en attendant l’issue fatale. Bien sûr, l’interprétation de tout cela reste essentiellement subjective et, avec son titre le plus pertinent, Meirino annonçait déjà ce qu’allait être cette chronique : une « unsuccessful attempt at trying to explain the meaning of these sounds » !
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04/01/2011
Compilation :: Magnetic Traces - A Survey of French and Australian Sound Art
Interrogeant les rapports complexes entre environnement et spectre sonore, Magnetic Traces documente l’exposition du même nom qui s’est tenue à Melbourne pendant l’été 2009 et offre à l’écoute un panorama franco-australien aux dimensions multiples.Investigateurs minutieux des espaces sonores naturels ou construits, Eric La Casa (Paris) et Philip Samartzis (Melbourne) devaient logiquement se rencontrer. Fruit de leur partenariat, le prometteur label Swarming sort un disque regroupant treize artistes aux modes opératoires chevauchants, privilégiant la manipulation de field recordings et la spatialisation du son. Au premier abord, ce disque n’incite pas forcément à s’y plonger pour plusieurs raisons : le principe de la compilation qui produit des résultats hétérogènes, la transposition de l’installation sonore à l’écoute domestique qui s’accompagne souvent d’une perte de sens et, enfin, l’aspect « art sonore » qui, lorsqu’il est ostensiblement revendiqué, n’inspire pas toujours confiance (l’a priori demeure à la lecture des notes de pochette dont la pédagogie semble destinée aux attachés culturels d’on ne sait quelle institution, citations obligatoires de Deleuze et Attali incluses). C’est donc le sourcil froncé que l’on glisse le CD dans le lecteur… pour rapidement voir ses réticences se dissiper !
La diversité des propositions s’accompagne d’une belle cohérence dans leur sélection et leur agencement, faisant miroiter des facettes qui se révèlent complémentaires. L’attention extrême portée au traitement des matières, l’amplitude dans les fréquences, la prolifération maîtrisée des informations et les jeux de contraste forment un dénominateur commun à la majorité des pièces ici rassemblées. Parmi les moments forts, on citera « Insect Woman » de Samartzis où des stridulations de sauterelles sont progressivement gagnées par des flux d’air pulsé, des grincements métalliques et des bribes méconnaissables de la voix de Haco. Ces mêmes mouvements d’air, on croit les entendre à nouveau au début de la pièce de La Casa (« Zone sensible ») qui déploie un subtil crescendo au cours duquel le vrombissement d’une nuée d’abeilles finit par former une masse grouillante et débordante d’aspérités.
Jean-Luc Guionnet fournit deux excellentes contributions. La première, en duo avec Marc Baron, présente un montage tendu où se mêlent bruit de fond remontant à la surface par à-coups, slaps sporadiques de saxophone et tonalités riches en particules. Dans la seconde, Guionnet dresse le portrait d’un lac (celui d’Annecy d’après une voix saisie à la volée), un peu comme Lionel Marchetti l’avait fait jadis pour un glacier, c’est-à-dire en contournant soigneusement l’écueil de l’illustration pour livrer un cheminement très personnel, empruntant des tunnels, arpentant la neige fraîche, dérivant sur des embarcations et en disant plus sur son auteur que sur la topographie lacustre.
D’autres paysages sonores développent une trame narrative. C’est le cas du travail de Tarab (Eamon Sprod) qui juxtapose avec un naturel confondant tourbillons de feuilles balayées par le vent, grondements dramatiques, gouttière ruisselant sur une carcasse rouillée et déplacement d’objets lourds dans un entrepôt résonnant. Avec une sensibilité proche, Thomas Tilly propose une construction nuancée en ouvrant les fenêtres de son habitat, parcourant l’interface dedans/dehors à partir de sons quotidiens.
Des pièces pourraient d’avantage être qualifiées d’atmosphériques, notamment celles, très belles, de Lizzie Pogson et de Cédric Peyronnet qui font preuve d’une étonnante proximité avec des tonalités diffuses qui se propagent subtilement en nappes enveloppantes et dans lesquelles se nichent, avec beaucoup de raffinement, des timbres instrumentaux (notes de clavecin, échos de bols tibétains) et d’autres détails minuscules. Le duo formé par Anthea Caddy et Thembi Soddell exhibe, quant à lui, une « Intimate Geometry » tout en brume dont la densité texturale fluctue de manière parfois abrupte et où un violoncelle rugueux vient se fondre dans les manipulations électroniques.
A cela s’ajoutent quelques propositions plus fidèles à la prise de son brute ou, au contraire, davantage versées dans la mise en scène conceptuelle. Collectivement, ces réalisations couvrent un vaste champ et permettent à l’auditeur de le survoler, même en absence de système sonore multicanal (certaines pièces ont été initialement conçues pour une configuration en 7.1). Elles sondent également une petite partie du vivier de la musique acousmatique et démontrent qu’il est actuellement des plus fourmillants, « swarming » dirait-on en anglais !
~jcg
un CD paru chez Swarming (002) ; distribution : Metamkine
autre(s) texte(s) sur Scala Tympani au sujet de Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis, Thomas Tilly et Swarming
PS : Eric La Casa et Philip Samartzis sont, avec Philippe F. Roux, les commissaires de la deuxième édition du festival Parisonic dédié à l’art sonore. L’événement, réunissant 25 artistes français et australiens, se tiendra à Paris en juin 2011.
13/08/2010
Gen Ken Montgomery :: Birds + Machines
La cohérence dans la confusion et l’expérience du son comme voyage introspectif, l’artiste américain se concentre sur ces thèmes depuis le début des années 1980 en explorant des sources aussi triviales qu’éphémères. Ce compendium de ses premiers travaux immortalise enfin une démarche séminale qui n’a pas pris la moindre ride.Le CV de Gen Ken Montgomery mérite que l’on s’y attarde tant il est emblématique d’un certain pan de l’underground musical où éthique do-it-yourself et environnement sonore font bon ménage. Sa discographie, principalement sous forme de cassettes, vinyles et CD-R éparpillés sur une myriade de labels les plus confidentiels, témoigne de son intérêt autant pour les sonorités brutes que celles obtenues par la manière forte : Drilling Holes in the Wall, The Beat of the Refrigerator ou encore The Sound of Bubble Wrap. A cela s’ajoutent des collaborations récurrentes avec Conrad Schnitzler ou Scott Konzelmann (Chop Shop), la création en 1989 de la première galerie new-yorkaise consacrée à l’art sonore, Generator (d’où le « Gen » accolé à son patronyme), qui fut aussi le nom de la boutique de disques qu’il tenait dans l’East Village et, bien sûr, un titre de « Minister of Lamination » que personne n’aurait l’idée de lui contester. Le problème dans ce genre de situation est de savoir par où commencer et c’est là que la rétrospective soigneusement compilée s’avère utile. Fidèle à sa mission d’archiviste de l’obscur, Al Margolis ouvre à présent les portes de Pogus à son pote Gen Ken qui fut d’ailleurs un cofondateur du label. C’est la première décennie d’activité (1980-1989) qui est ici passée en revue avec une sélection de quatorze titres inédits pour la plupart, plus un bonus track réalisé en 2009.
Concrète ? Industrielle ? Ambient ? La musique de Montgomery pioche dans tous les registres, bat en brèche toute forme d’orthodoxie et échappe résolument aux classifications rigides. Il y a toujours une forme de vie détectable dans cet univers embrumé, qu’il s’agisse de la mécanique de machines-outils ou des croassements de volatiles empaillés, tous deux dialoguant sur le diptyque « Birds & Machines ». Les traces du quotidien sont quand même le plus souvent passées à la moulinette électronique où couinements analogiques comme ronflements de moteur encrassé s’installent l’air de rien, marmonnements méditatifs et tape loops monomaniaques cohabitent sans difficulté tandis que des voix intérieures pataugent dans les méandres d’une conscience fictive ; la pièce « Subliminal Clutter » offrant une illustration hypnotique de tout ça. Sur les trois derniers titres (les premiers chronologiquement), le voyage remonte jusqu'à l’électropunk abrasif des débuts où l’on croirait assister à une rencontre entre The Fall et Suicide, une collision plutôt réjouissante. Cette très belle collection complémente à merveille l’imposant Pondfloorsample paru en 2002 et offre une nouvelle porte d’entrée dans l’œuvre labyrinthique de ce générateur d’entropie.
~ jcg
un CD paru chez Pogus (21055-2) ; distribution : Metamkine
autre(s) texte(s) sur Scala Tympani au sujet de Pogus
PS : interview de Gen Ken Montgomery (41 min en anglais) par David Weinstein pour Art on Air.
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17/06/2010
Francisco López & Richard Francis :: In De Blaauwe Hand
Quatorzième titre de la série Brombron, fruit du partenariat entre deux institutions de la ville de Nijmegen (Pays-Bas) dédiées à la musique expérimentale : Korm Plastics, le label de Frans de Waard, et Extrapool, un espace de concerts et occasionnellement une résidence d’artistes. Comme à l’accoutumée, c’est une collaboration inédite qui a vu le jour sous ces auspices, donnant l’opportunité au néo-zélandais Richard Francis, déjà repéré pour ses travaux atmosphériques en compagnie d’Antony Milton ou Jason Kahn, de confronter son esthétique à celle de Francisco López, véritable Stakhanov du soundscape abstrait. Une rencontre pas franchement contre-nature qui, sans surprise, a pris la forme d’une longue pièce vibratile et immersive, riche en particules et en lames de fond. On croit percevoir la trace d’environnements aquatiques dénaturés à l’extrême : grondement de cascade tropicale, rivage fouetté par les embruns et, d’une manière générale, cette sensation d’écrasement et d’apesanteur que l’on imagine devoir ressentir dans les profondeurs abyssales. Reposant essentiellement sur l’usage de l’électronique, cette minutieuse océanographie sonore passe par plusieurs paliers de décompressions et nous immobilise tour à tour au cœur d’immenses masses trépidantes, de fourmillements colloïdaux ou de fréquences à la frontière de l’audible, passant parfois brutalement de l’un à l’autre. Une réalisation soignée tant dans le traitement numérique que dans le packaging : un très joli objet en carton recyclé dont le bleu Klein ajoute à l’illusion de plénitude maritime. Quand on sait néanmoins que In De Blaauwe Hand est aussi le nom du plus vieux troquet de Nijmegen (fondé en 1542 !), on se dit que López et Francis n’ont peut être pas fait qu’explorer les propriétés acoustiques de l’eau au cours de leur séjour…~ jcg
un CD paru chez Korm Plastics (kp 3033) ; distribution : Metamkine
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16/06/2010
Lethe :: Catastrophe Point #5
L’auscultation des espaces sonores est indubitablement au cœur de la pratique de l’artiste japonais Lethe. Dépassant le strict point de vue environnementaliste, il s’inclut lui-même dans les atmosphères industrielles qu’il expose et, à la manière d’un danseur de butô, va sobrement puiser l’éclat enfoui au plus profond de l’obscurité.Empruntant son pseudonyme à la mythologie grecque, Kiyoharu Kuwayama semble en effet opérer à la frontière des mondes, ceux du passé et du présent, ressuscitant des espaces abandonnés et transfigurant les vestiges d’une ère industrielle qui s’en trouve largement réinventée. Pourtant la musique de Lethe ne saurait être aussi paisible que le cours du fleuve des Enfers et la mémoire d’une vie antérieure est ici loin d’être complètement effacée. Bien au contraire, un rituel occulte la convoque, la fait renaître de la poussière, l’extirpe des murs pour la transformer en une présence sonore particulièrement sombre et suggestive. Le théâtre résonnant de cette cérémonie est un entrepôt désaffecté du port de Nagoya. Pas n’importe lequel : le numéro 20, un lieu que Kuwayama connaît bien pour y avoir organisé un festival de musique expérimentale de 1999 à 2003. C’est d’ailleurs juste après sa dernière édition qu’a été enregistrée la matière première de ce disque. Errant parmi les décombres, Lethe marche avec lenteur sur le sol granuleux, se frotte au béton, martèle les surfaces métalliques, réanime des machines dévorées par la rouille et en capte les moindres échos. Grincements lugubres, ruminations du vent s’engouffrant dans les fissures, humidité palpable dessinent un paysage tout en volumes dans lequel Lethe, abandonnant souvent sa distance d’observateur, intervient discrètement en raclant des chaînes, projetant des tasseaux ou soufflant dans ce que l’on croit être une immense trompe, évoquant autant l’activité portuaire environnante que les instruments inventés par Yoshi Wada.
~ jcg
un CD paru chez Intransitive Recordings (int034) ; distribution : Metamkine
autre(s) texte(s) sur Scala Tympani au sujet d’Intransitive Recordings
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10/10/2009
Marc Behrens :: Compilation Works 1996-2005
Musicien électronique expérimental, concepteur d’installations, photographe, vidéaste, créateur d’objets, Marc Behrens est un artiste complet. En réunissant ces 19 titres auparavant disséminés sur autant de compilations, le label portugais Crónica permet de retracer pour la première fois une bonne partie de son parcours sonore.Imperceptiblement ou presque, depuis une quinzaine d’années, s’amoncelle un corpus de pièces électroacoustiques ciselées que l’on doit à Marc Behrens. De ses débuts chez trente oiseaux (1995) à son mandat de co-directeur du label Sirr (2003-2007), il n’a cessé d’être aux avant-postes de l’exploration sonore sans pour autant que son travail semble excessivement documenté sur disque. A y regarder de plus près, une quantité non négligeable de son œuvre se retrouve dispersée ici où là, sur des compilations éditées par une variété de labels qui, collectivement, permettent de cerner une esthétique entre conceptualisme électronique (Mille Plateaux, Raster-Noton…) et intransigeance bruitiste (Banned Productions, Bottrop-Boy…).
D’une cohérence remarquable malgré la décennie qui sépare les pièces les plus anciennes des plus récentes, ce florilège débute par l’énigmatique « ccdeinnorsttu », dédié à la multinationale Coca-Cola (si, si !) et dont le titre sibyllin invite à chercher les possibles anagrammes. Difficile de savoir si ce sont les lettres de « occident runts », « conscient turd » ou encore « doctrine cunts » qui sont ici mélangées mais, dans tous les cas, le rapport avec le leader mondial de la boisson gazéifiée reste des plus obscurs. Dissection d’événements microscopiques et jeu sur les matières (du glitch ultra-corrosif jusqu’au souffle à peine audible de machines rendant l’âme) constituent le cœur de cette composition, comme de la plupart des autres de ce recueil. Ce qui frappe chez Behrens c’est cette approche presque chirurgicale du son, faite d’auscultations patientes et de mouvements infimes, qui redonne vie miraculeusement à des éléments proches de la désintégration.
L’électronique est envisagée à travers le prisme de la musique concrète et, à l’occasion, sont incorporées des prises de son extérieures : échos de piano (« Untitled (for Lida) »), bruits de respiration, mastication et déglutition (« that which is the »), atmosphère de lieux publics à Lisbonne, en 2003, à l’annonce de la guerre d’Irak (« Sketch for Bagdad é em Lisboa ») ou crépitement des flammes sur un morceau librement inspiré par le Gesang der Jünglinge de Stockhausen. On perçoit aussi l’utilisation de micros contact et on devine des dispositifs manifestement moins identifiables. A chaque fraction de seconde, le son est extrêmement clair, les ondes sinusoïdales transparentes, les infrabasses massives, fréquences acérées ou vapeurs boréales, le presque rien a ici une énorme présence. Imaginez la rencontre entre Pierre Schaeffer et Aphex Twin et vous ne serez pas si loin du compte. Le relativement daté « Revelation » constitue peut être la seule exception à la règle mais il faut sans doute le considérer comme une oeuvre de jeunesse (1993) même si elle fut retravaillée quelques années plus tard.
On notera également que certains titres sont des réinterprétations (façon de parler) ou des hommages à des artistes aussi divers que TV Pow, Disinformation, John Hudak, Ilios (à qui est dédié le titre « For Dimitris » : presque un souffle émotionnel au milieu du rigorisme général) ou encore Ralf Wehowsky. Du beau monde qui n’a pas hésité à se laisser revisiter par Behrens. L’ensemble s’achève par un clin d’œil initialement publié sur la compilation State Of The Union (Electronic Music Foundation) : le fantastiquement nommé « Real Player Fucked My Netscape Settings » qui vous transportera directement vers la fin des années 1990 avant de dérailler complètement !
~jcg
une compilation parue chez Crónica (041) et téléchargeable librement !
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