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21/07/2010

The Ames Room :: In

Des nombreux travaux d’Adelbert Ames Jr. sur le système visuel, on retient plus volontiers ses fascinantes illusions d’optique. La plus célèbre est sans conteste la « chambre d’Ames » qui, sous un certain angle de vue, apparaît cubique alors qu’elle est trapézoïdale et, surtout, dans laquelle la taille d’une personne varie selon sa position ou son déplacement selon une trajectoire particulière. Largement récupérée par les créateurs d’effets spéciaux cinématographiques, cette astucieuse construction va jusqu'à se retrouver sur la pochette d’un album de Status Quo (On The Level). Difficile d’imaginer pouvoir trouver un exemplaire de ce disque sur les étagères de Jean-Luc Guionnet (saxophone alto), Clayton Thomas (contrebasse) ou Will Guthrie (batterie), réunis ici dans un trio de « maximal minimalist terror jazz » : c’est eux qui le disent ! En revanche, on ne doute pas que leurs collections regorgent de free jazz millésimé dont l’influence pèse lourdement sur ces deux sets explosifs enregistrés à Niort en 2008 (lors de l’ultime festival NPAI) et l’année suivante à Poznan. De la fire music pur jus, le genre extatique et pied au plancher mais qui, avec lucidité et maîtrise, ne perd jamais le contrôle. Le sax musculaire et noueux crache chaque note comme si c’était la dernière, remontant frayer aux sources les plus augustes. Quelques éclairs laissent entrevoir le spectre d’Albert Ayler (pas moins) qui s’appuie sur une section rythmique flambant neuve et impeccable à tout point de vue : véloce, souple, compacte, notamment grâce au superbe jeu de Guthrie qui renonce pour l’occasion à ses dispositifs électroacoustiques. Soufflant sur les braises de la revolution free jazz, The Ames Room prolonge la tradition avec ardeur et affection, brouillant peut être au passage quelques perspectives comme son nom invite à le supposer.

~ jcg

un LP paru chez Monotype (monoLP 003) ; distribution : Metamkine

autre(s) texte(s) sur Scala Tympani au sujet de Jean-Luc Guionnet et Monotype

PS : d’autres enregistrements du trio en 2010 peuvent être écoutés ici (Lille/Paris) ou là (Rennes). Autre chose qui vaut le coup d’œil : the Ames window.

17/07/2010

Greg Malcolm & Eugene Chadbourne :: Jazz School

Ah les standards du jazz ! Inépuisables pour certains, usés jusqu'à la trame pour d’autres, ils sont autant des points de repère dans la vaste histoire du genre qu’un exercice de style souvent casse-gueule. Réunis pour la première fois, Eugene Chadbourne et Greg Malcolm connaissent bien le sujet et ont fréquemment joué la carte de la reprise. Le premier a revisité vraiment beaucoup de choses et dans tous les styles, de l’impro lo-fi au rockabilly sous acide en passant par la country expérimentale. La discographie du second montre une inclination pour le répertoire de Steve Lacy ; la meilleure preuve en est l’explicite Leather and Lacy (2009) sur lequel figurent notamment « Bone » et « The Crust », deux compositions du saxophoniste soprano datant du début des années 1970 et qui sont ressuscitées une nouvelle fois sur Jazz School. La simplicité mélodique de ces morceaux et la répétition de phrases courtes se prêtent assez bien au duo de guitares, encore que le nombre exact d’instruments joués simultanément demeure incertain. Il faut dire que Malcolm utilise aussi ses pieds pour venir chatouiller les cordes, une posture probablement à l’origine de certains éléments rythmiques ou bien de l’électricité statique sous-jacente qui remplace avantageusement les craquements du vinyle. Les quatre autres compositions sont signées Eric Dolphy : « Serene », parue à l’origine sur Out There (1960) et reprise trente ans plus tard par Chadbourne sur 69th Sin Funny, ainsi que trois titres tirés du fameux Out To Lunch (1964). Le jeu est agile, les notes sont claires : swing décharné qui respecte les thèmes originaux même s'ils sont passagèrement occultés par des digressions bancales où dissonances et bruitages métalliques prennent les devants. Si l’attaque nerveuse de « Straight Up and Down » a un côté séduisant, le tout reste quand même empreint d’une humilité quelque peu nonchalante, honnête dans ses interprétations alors qu’on espérait franchement quelque chose de plus déglingué.

~ jcg

un LP paru chez Monotype (monoLP 002) ; distribution : Metamkine

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15/06/2010

Cremaster :: Noranta Graus A L’Esquerra

Après un long silence discographique, le duo catalan reprend du service avec une pièce électroacoustique sous très haute tension ; de quoi faire oublier Matthew Barney et les muscles suspenseurs des testicules.

Fondé en 2000, Cremaster réunit deux improvisateurs de la scène expérimentale barcelonaise : Ferran Fages et Alfredo Costa Monteiro. Tous deux guitaristes, ils ont recours à bien d’autres sources sonores selon le projet dans lequel ils sont impliqués : objets résonnants, platines, accordéon, radio ou dispositif électronique. Dans la présente configuration, Costa Monteiro manipule des objets non identifiés sur une guitare électrique tandis que Fages dompte le feedback produit à partir de pick-ups et d’une table de mixage. De quoi générer pas mal d’interférences et de parasitages et, justement, c’est de cela dont il s’agit : crépitations, chuintements, stridences, barbotements, déluges miniatures, rafales de bruit blanc et autres éléments déchaînés dont les musiciens gardent le contrôle on ne sait trop comment. La variété des textures et la fluidité de leur succession est remarquable et pas un instant on ne soupçonne qu’il s’agit d’un assemblage d’enregistrements réalisés entre 2004 et 2008. On se réjouit d’autant puisque cette période restait non documentée, le précédent disque du duo, Infra, remontant à 2003.

Il y a une indéniable qualité physique dans cette musique constamment secouée par des décharges d’adrénaline et déployant beaucoup d'efforts pour canaliser une énergie qui ne demande qu’à exploser à chaque seconde. Le stéthoscope collé à la carcasse d’un vieux transformateur électrique, on a l’impression d’en entendre les entrailles. A moins qu’il ne s’agisse des turbulences moléculaires d’une cocotte-minute sous pression ? Rien ne permet vraiment de se prononcer mais tout porte à croire qu’on risque de se prendre une bonne châtaigne à rester trop près trop longtemps. C’est miraculeusement sans dommages physiques majeurs que l’on vient à bout de ces 44 minutes de délicate brutalité, assis sur l’extrême bord de sa chaise et le tympan comme à l’affût d’un dernier foudroiement.

~ jcg

un CD paru chez Monotype (mono026) ; distribution : Metamkine

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14/08/2009

Bertrand Gauguet, Franz Hautzinger, Thomas Lehn :: Close Up

Capturées pour la première fois sur disque, les improvisations électroacoustiques de ce trio franco-germanique bénéficient à la fois de la spontanéité d’un assemblage récent et de la sensibilité de trois explorateurs du son, attentifs et exigeants.

Des artistes en présence, c’est avec Bertrand Gauguet que l’on a le moins de familiarité. Saxophoniste aperçu aux côtés de Michel Doneda ou de Pascal Battus, il affectionne également l’exercice solo comme l’indique son premier disque sorti en 2005 chez Creative Sources. Cette configuration inédite (dont il semble l’instigateur) est sans nul doute un projet important pour le jeune musicien qui signe ici son deuxième enregistrement seulement. Gauguet se retrouve associé à des improvisateurs aguerris : Franz Hautzinger (trompette en quart de ton et dispositifs électroniques) et Thomas Lehn (synthétiseur). Ce dernier a su développer une palette d’une extrême finesse et a montré que les modulations de trames électroniques pouvaient trouver un équilibre subtil avec la texture du souffle des cuivres, comme en témoignent ses collaborations avec Frank Gratkowski, Melvyn Poore ou Urs Leimgruber. La frontière entre synthèse analogique et techniques instrumentales étendues s’estompe ainsi le long de ces trois titres enregistrés lors de concerts en France entre 2007 et 2008. Bruits d’élytres, de feuillages, sifflements et autres détails agrandis se substituent les uns aux autres avec une logique interne impénétrable et pourtant d’une grande transparence. A la variété timbrale du premier titre succèdent des mouvements plus lents, plus climatiques, évocateurs de tropiques imaginaires où des murmures chuintés se dématérialisent à force d’étirement. La troisième plage débute sur des accents presque ornithologiques puis des décharges d’air pulsé dessinent d’impalpables paysages d’altitude. L’osmose est totale : les improvisateurs ne font plus qu’un ou bien semblent au contraire être dix dans des jeux de tensions, accélérations et collisions qui s’achèvent dans un final quasi-pyrotechnique.

~jcg

un CD paru chez Monotype (mono024) ; distribution : Metamkine

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NB : le trio se produira au prochain festival Densités à Fresnes-en-Woëvre (23 au 25 octobre 2009)